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CETTE NUIT-LA, IL DORMIT LONGTEMPS, COMME UN BIENHEUREUX.

"A son réveil, il fit une toilette méticuleuse, se rasa de près, endossa des vêtements propres. Revêtu de sa vieille combinaison qui protégerait son costume noir jusqu'à l'instant de sa délivrance, il attaqua le creusement des trois derniers mètres, à la verticale. Il s'obligea encore à évacuer la terre avec méthodologie et à étayer le boyau.


Lorsqu'il sentit le sol trembler au-dessus de lui, il abandonna son outil et se mit à creuser des deux mains avec frénésie. Il crut à des hallucinations auditives, lui qui vivait depuis des mois dans un silence sépulcral. Il entendait des chants, des accords de violon. Et aussi des roulements, des grondements, des cris qui lui semblèrent d'allégresse.


Prenant appui sur les dernières pellées de terre déplacée, il émargea du souterrain, dans le no man's land étroit qui bordait le mur à l'Ouest. L'endroit était vide mais à dix mètres de lui une frange humaine se tut d'un coup en le voyant. Des hommes, des femmes, des enfants le regardaient, stupéfaits. Puis un cri monta de la foule qui désignait du doigt quelque chose derrière lui.


Il eut conscience de la réalité du grondement qu'il avait entendu sous terre. Les bruits pulsaient, s'accordaient aux battements de son coeur. Ses jambes encore serrées dans le souterrain, il ne put qu'ébaucher un lent mouvement du torse.


Ce fut suffisant pour voir un char heurter le mur et le pousser. Fracas et tremblements apocalyptiques.


Figé par l'effrayante horreur de sa destinée, Martin Schelle regarda le mur s'abattre sur lui.


Il était 20 heures 30, le 24 décembre 1989, dans berlin unifié." 

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