Ouvrage rédigé sous la direction d'Eric Besson "Les inquiétantes ruptures de M. Sarkozy" démontre à quel point le président de l'UMP/président du Conseil Général des Hauts de Seine/Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire/Candidat aux Présidentielles de 2007 est "libéral, atlantiste et communautariste".
Introduction par Eric BessonL'inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy.
"La France est elle prête à voter en 2007 pour un néo-conservateur américain à passeport français ? Les partisans du candidat de l'UMP jugeront la question provocatrice et y verront, à l'approche, de l'élection présidentielle, une caricature injuste, exacerbée par l'approche de l'élection présidentielle.
Alors, convenons-en d'emblée. Nicolas Sarkozy sera, pour la gauche, un adversaire redoutable même si son palmarès électoral est bien moins riche qu'on ne l'imagine.
L'homme ne manque ni d'idées, ni de force de conviction, ni de capacité de séduction. Son énergie, son culot, son aplomb, son ambition, sa soif inextinguible de reconnaissance sociale et de pouvoir, sa résistance à l'adversité sont légendaires.
Son supposé « parler vrai » (parfois son parler crû mais lorsque Sarkozy est grossier, il dit parler comme les Français), son sens de la formule, son insolence étonnamment juvénile en font un « bon client » pour les média audiovisuels.
Avec Nicolas Sarkozy, ils capteront toujours un mot, une image, un clin d'œil, une provocation pour le sacro-saint « 20 heures ».
Orfèvre en communication méthodique et parfois impudique, l'homme a, de plus, su draper son implacable et froide quête du pouvoir dans une toge glamour (Nicolas-la-star-amie-des-stars y compris de celles dont l'exemplarité est discutable) sans laquelle il ne saurait nous dit-on- y avoir de « saga politique » digne de ce nom.
Ce « sarko-show » est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir « être jugé sur ses résultats » n'a pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action. Ceux d'un médiocre ministre de l'économie et des finances ou ceux d'un ministre de l'Intérieur survolté mais peu efficace : les violences faites aux personnes n'auront cessé d'augmenter en dépit de ses communiqués triomphants.
Mais l'échec n'atteint que rarement notre héros. Le plus souvent parce qu'il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu'il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l'UMP se saisit d'un fait divers pour enfiler la combinaison qu'un Le Pen laisse parfois au vestiaire de « celui qui dit tout haut ce que les Français pensent tout bas ». Un jugement à l'emporte-pièce, une provocation suivie d'une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tour est généralement joué.
En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours, celui de la défausse. Car celui qui se décrit comme un pieux catholique n'aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n'est, par essence, jamais responsable. Ses erreurs, ses échecs ? C'est toujours la faute des autres. Non à Voltaire, rarement cité, mais à Chirac, à Raffarin, à Villepin etc, cibles sarkozyennes dont on se gardera cependant ici de prendre la défense véhémente. Ou en dernier ressort la faute aux juges. Glissements progressifs du volontarisme du Ministre de l'Intérieur. En 2002, il suffisait de lui donner les rênes de la police et de le laisser libre de mettre en œuvre une répression salutaire pour que l'insécurité soit enrayée. En 2006, le Ministre de l'Intérieur confesse son impuissance : son action remarquable est entravée par le laxisme des juges. Une seule conclusion s'impose : la vraie vie, celle de Nicolas Sarkozy bien sûr, mais aussi celle de la France, ne commencera qu'après son accession à l'Elysée. Ce document a le grand défaut de s'intéresser encore à la « France d'avant », celle où Nicolas Sarkozy peut encore être jugé sur ses actes et sur ses intentions déclarées, alors que lui ne se consacre plus qu'à la « France d'après », celle d'après le sacre selon lui annoncé.
Concurrent redoutable, donc, mais aussi respectable, citant ses sources d'inspiration, assumant jusqu'à l'automne 2006 tout à la fois son ambition et sa volonté de « rupture » avec un modèle français supposé exsangue, qu'il n'a cessé de caricaturer pour mieux le vilipender.
Le fait qu'au moment d'entrer en campagne électorale, lucide quant aux craintes que son tempérament et son improbable oxymore de « rupture tranquille » fait naître, Monsieur Sarkozy ait choisi de brouiller les pistes et de s'adresser à la « France qui souffre » ne doit pas faire illusion. L'infléchissement des discours indique seulement qu'après avoir été, avec l'appui (qui l'eût dit !) de François Fillon le fossoyeur du gaullisme social, le candidat de l'UMP s'est attaché provisoirement la plume au demeurant talentueuse- d'un Henri Guaino que l'on avait déjà connu ardant dénonciateur de la « fracture sociale » en 1995. Le vernis ne tiendra pas. Car l'homme qui se dit pragmatique est d'abord un idéologue..."
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